Mort à bout de course

 



Mort à bout de course, polar " voileux" aux Editions Ouest-France. Sortie le 7 mai 2021. Auteur : Jean-Marie Biette



Le jeune navigateur Erwan Sauzon est en passe de remporter aux Sables-d’Olonne la prestigieuse Globe Race, course autour du monde à la voile en solitaire, sans escale et sans assistance.

Survolé la veille de son arrivée par un petit avion de l’épreuve, Erwan semble en pleine forme. Et pourtant, le jeune skipper est découvert mort à l'intérieur de son bateau quand celui-ci coupe la ligne d’arrivée.

L’enquête est confiée au commissaire Rochard, amateur de mauvais esprit, d’humour au troisième degré, de bonnes tables et de crus sympathiques.

La mer et les voiliers, Les Sables d’Olonne, Hoëdic, Belle-Ile, la baie des Trépassés, ou encore Marseille, Nantes, la Corse et l'île de Monte Cristo servent de cadre à cette intrigue nautique et policière, au final haletant

 

 

                                                     Jean-Marie Biette


Extraits Chap 1


« Le jour s’est levé. Le GPS du bord place la ligne d’arrivée à 8 milles dans le 80. À plus de 15 nœuds, c’est l’affaire d’une petite demi-heure. Le monocoque d’Erwan Sauzon est d’ailleurs rejoint dans ce petit jour brumeux par la vedette de direction de course, le canot pneumatique de son équipe technique et les vedettes des médias.

À bord des vedettes et semi-rigides, les journalistes essaient d’interpeller le jeune skipper en criant son nom. Les photographes veulent le premier cliché du lever du jour, avant le sacre du chenal des Sables-d’Olonne.

Mais Erwan n’apparaît pas sur le pont de son bateau. Son monocoque continue de filer à vive allure, sous pilote, vers la ligne d’arrivée.

— À tous les coups, Erwan se refait une beauté ou rase sa barbe. Mais le cabinet de toilette de ces rafiots, ce n’est pas vraiment le confort d’un palace, s’amuse Roland Jourdain, consultant de BFM TV.

À une centaine de mètres de l’arrivée, la nervosité gagne les bateaux accompagnateurs.

— Putain, mais qu’est-ce qu’il fait ? tempête son sponsor, Jérôme Fouquet. On va manquer l’image de l’arrivée, alors que toutes les télés et les radios sont en direct. Il ne s’est quand même pas endormi, ce con !

À bord des vedettes presse, les journalistes appellent Erwan par radio VHF afin qu’il prenne enfin la barre pour la photo souvenir. Pas de réponse.

À 7 h 54Cap Green coupe la ligne d’arrivée en grand vainqueur. Mais où est son skipper ?

— Je crois pourtant avoir beaucoup d’imagination en la matière, mais là je ne pige pas le coup de com’, s’interroge Loïck Peyron au micro de France Info. Ou alors il est vraiment rincé et il dort à poings fermés, comme un bébé, lance-t-il, hilare.

L’ambiance est certes à la stupéfaction – un vainqueur qui n’est pas à la barre ni sur le pont en franchissant la ligne d’arrivée, c’est du jamais vu – mais l’atmosphère reste plutôt bon enfant, parfois même à la rigolade.

Sur RTL, l’humoriste Laurent Gerra caricature déjà Erwan Sauzon en le surnommant le dormeur des Sables, pastichant Le dormeur du val d’Arthur Rimbaud. « Il avait deux boules Quies aux oreilles, nature berce-le chaudement, il a froid », assène-t-il encore pour meubler avant d’invoquer Baudelaire et d’imaginer le jeune marin ronfler après avoir un peu trop fêté sa future victoire : « Homme ivre, toujours tu chériras la mer… »

La ligne passée, les membres de son équipe technique, son père et quelques amis rejoignent le navire, mettent leur semi-rigide à couple et montent les premiers à bord.

Une sourde angoisse succède aux blagues bon enfant, car il ne sort toujours personne de l’habitacle du bateau.

— J’espère qu’il n’a pas fait de malaise ou une mauvaise chute, s’interroge Michel Desjoyeaux sur France 3.

Deux équipiers du team d’Erwan Sauzon sortent dans le cockpit. Leurs visages livides et inexpressifs ravivent encore l’inquiétude ambiante.

— Mais bon Dieu, qu’est-ce qui se passe ? hurle dans sa VHF le directeur de course, Jean Stavès.

Un des arbitres fédéraux, monté lui aussi à bord, lui répond finalement, la voix chevrotante :

— On l’a trouvé affalé sur sa table à cartes. Le professeur Quentin l’a ensuite allongé et lui fait des massages cardiaques.

Alors que résonnent en signe de victoire les cornes de brume des supporters d’Erwan Sauzon sur les jetées du port, l’ambiance vire au drame à bord de Cap Green.

— Mais bordel, dites-moi quelque chose ! vocifère le directeur de course. C’est la voix blanche de l’arbitre qui lui répond par radio.

— C’est fini Jean. Le professeur Quentin a tout tenté, en vain. Il n’y a plus rien à faire. Erwan est mort.

Alors que le bateau commence sa remontée du chenal des Sables, lieu habituel des triomphes romains des vainqueurs du Globe Race, salués par des cris, des vivats, des fumigènes et feux de Bengale, les bruits de la foule s’estompent peu à peu.

— Il ne faut surtout rien dire avant l’arrivée au ponton, indique Jean Stavès en VHF.

Mais le canal radio a beau être privé, beaucoup de marins sont à l’écoute.

— Trop tard, Jean, c’est déjà sur Twitter, coupe Helena, l’attachée de presse du Globe Race.

Et c’est dans un silence de cathédrale que le bateau remonte le chenal. Un jeune supporter a déjà eu le temps de taguer un immense « RIP Erwan » sur le quai, côté La Chaume.

Dans la foule, tout le monde n’a pas encore compris. Les cris d’effroi de ceux qui apprennent la terrible nouvelle en direct se mêlent aux maigres applaudissements de spectateurs n’ayant pas le nez en permanence sur leur smartphone.

Sur la jetée, un jeune homme met le fanion du Globe Race en berne sur un poster d’Erwan Sauzon. L’image, saisissante, est diffusée en direct sur toutes les chaînes.


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